Les voix des eleves

Venise au coeur (Il Campiello, Carlo Goldoni 2019)

Description
“ Je suis tous les livres que j’ai lu, tous les endroits ou j’ai vécu, tous les gens que j’ai connu”, cette phrase de Borges résume parfaitement ce que je ressens lorsque l’image de Venise ou, simplement, le nom de cette cité mirifique me viennent à l’esprit. Je n’y ai jamais vécu à proprement parler ni ne connais intimement des vénitiens de souche; ce sont les tableaux de Guardi, Longhi et Tiepolo que je reconnais en longeant ses cale, c’est la voix de Goldoni, le chiozzotto, qui retentit à mes oreilles lorsque je parle aux serveurs des cafés, c’est la silhouette courbée de Pulcinella, tout de blanc vêtue, que je vois etinceler, la nuit, sous le portail d’une église romane. Transférer tout ce bagage, imaginaire au point de devenir fantasmagorique, au monde nord-américain ou je vis pour la plupart du temps n’est pas chose facile a mener; pourtant, je m’y suis mise à l’automne 2019 avec l’enthousiasme d’une néophyte dans le métier —de créatrice d’illusions, on s’entend—avec des résultats plus qu’ émouvants pour tous ceux qui participèrent a la réalisation du spectacle tiré de “ Îl campiello” de Carlo Goldoni, présenté au Centre St.Jax de Montréal en novembre 2019 par un groupe d'étudiants en jeu de l’Universite Concordia.
Quelques détails sont nécessaires si l’on veut comprendre l’ampleur de l’aventure, le premier étant celui d’avoir choisi un espace non-conventionnel tel que le Centre St Jax, pour jouer une pièce appartenant non seulement au répertoire classique mais adaptée, également, à l’architecture spécifique de l'époque ou elle fut créée, voire à la scène italienne de type “boîte
noire”. Or, la salle de bal du presbytère de l'église (luthérienne) St.Jax que l'Université loua pour les représentations, avec son mur tapisse de miroirs en longueur, sa niche-buffet donnant sur la cuisine, le petit dais de l’orchestre saillant, incongrûment, à l'extrémité de la piste, de surcroît, dotée d’immenses fenêtres placées en hauteur, comme autant de sources de lumière supplémentaire, était tout le contraire d’une boite et encore moins de celle que l’on appelle “noire” dans le jargon du milieu. En second lieu, l’acoustique s'avèra affreuse dès que l’on se mit à réciter les paroles du texte, même le chant ne réussissant pas à traverser la piste de danse, d’une extrémité à l’autre, sans s’estomper sur le parcours. Comble d’ennui, le réseau électrique, bancal, ne supportait pas même la lampe de bureau du régisseur sans plus parler d’un système capable d’amplifier la trame sonore.
Il nous fallut donc renoncer, dès le début, à toute idée d’espace clos, de boîte à illusions, puits à rêves, renoncer, dis-je, à tout ce que le « campo » vénitien et la scène italienne du 18ème évoquent dans l’imaginaire collectif. Si l’on voulait jouer la pièce dans ce genre d’espace il nous fallait décomposer les images « reçues », briser la circularité des contours, aplatir la perspective, créer une toile de fond faite de morceaux de toiles des maîtres de l’époque devant laquelle, en seul élément évocateur, une fontaine typique allait servir de
référence sur le lieux.

L’idée de l’espace clos fut ainsi jouée, créée, effectivement, par le jeu des acteurs, par leur miroitement incessant autour de cette fontaine emblématique, leur pépiement d’oiseaux en
cage qui, le temps d’un carnaval, rêvent de s’envoler vers d’autres contrées.
Le « Campiello » de Goldoni fut une illusion théâtrale au sens propre du mot, un monde fictif plus réel que la réalité—la première neige de novembre tomba le soir de la première et dura
jusqu’à la dernière représentation, une semaine plus tard—l’esprit du carnaval gagnant l’assistance dès que, perché sur le bord de la petite fontaine en guise de figurine de Murano,
Sansuga, serveur à la taverne locale, déguisé en Arlequin, lançait un jet d’eau froide à la figure de Fabrizio, le docte habitant du quartier, surpris à sa promenade matinale. Venise et son théâtre resurgissaient en même temps de l’eau de la fontaine—il n’y avait pas de place pour Pulcinella dans la pièce, alors on a opté pour l’autre personnage emblématique du répertoire goldonien, le Serviteur par excellence—les personnages portaient leurs « masques nues » tout aussi naturellement que les masques du carnaval, le public était invité à acheter les éventails et colifichets nécessaires à une véritable fête de rue, à danser et chanter en l'honneur des fiançailles des jeunes premiers.
Oubliées les difficultés techniques, l’atmosphère, froide et guindée, du temple protestant, effacés la neige et le noir dehors; et, peut-être, lors de mon prochain voyage à La Sérénissime, les ombres des « vénitiens » de St.Jax seront elles-aussi au rendez-vous.

 

 

Dernier hommage au bouffon.
Concordia University, 2016.

Description
En septembre 2016 le departement de theatre de l’Universite Concordia est en branle bas de combat; tout doit changer, le curriculum (exclusivement contemporain, voire publié après 1960) la façon d’enseigner (en mode laboratoire), l’évaluation des élèves (selon les critères du développement et non pas du résultat). Somme toute, il faut que la saison 2016-2017 reflète une étape, avancée mais pas définitive, de la recherche théâtrale entamée par des équipes formées d’étudiants en jeu et leurs mentors respectifs recrutés parmi les metteurs en scène actifs dans le milieu montréalais. L’accent sera mis sur le jeu, il n’y aura plus de scénographies élaborées ni de costumes fantaisistes pour enjoliver la performance, individuelle ou de groupe, il n’y aura que la scène du théâtre DBClarke, nue, utilisée en format studio, etacteurs en costume “civil”, celui qu’ils porteraient en classe les jours de répétition.

La réalité, bien moins reluisante, est que les fonds, déjà minces, alloués à la production ont subi de nouvelles coupures et qu’il faut faire merveille avec ce qui nous reste, voire la ressource humaine, l’âme et le corps des futurs comédiens; le terme “recherche” vient dorer la pilule— “l’espace vide” et “le théâtre laboratoire”ayant déjà été explorés au siècle précédent on risquait de jouer lesépigones des avant-gardes du XXème siècle—il n’empêche qu’il me rappelle le projet de reconstruction de l’art du “giullare”, le bouffon médiéval, entrepris par Dario Fo dans les années ‘ 70 qui donna naissance au “Mistero Buffo”, son œuvre d’auteur par excellence, rarement sujette à la reprise par d’autres acteurs vu l’identification parfaite de l’auteur avec le personnage par lui-même ressuscité.

Une expérience irrépétable? Une provocation? Défi pour l’amour du défi? Quand cela serait, Dario Fo n’en aurait à redire vu son amour, bien connu, du défi et de la provocation; en plus, le sujet est vaste et sa version ne saurait être unique, il n’aura fait que défricher le terrain. Il a découvert Matazone, le bouffon paysan, pauvre et rebelle par sa nature, nous en découvrirons d’autres, des femmes aussi dont la présence, certifiée, auprès des cours princières, reste à définir, peut-être bien irons-nous jusqu’à réinventer ce bouffon sacré qui se dessine à l’horizon du mystère médiéval.

Je choisis donc “Mistero Buffo” , le mystère comique de Dario Fo, comme domaine d’exploration pour mon équipe étudiante composée de huit acteurs, quatre filles, quatres garçons, qui devront désormais “ressusciter” les bouffons du Moyen Âge et non pas, simplement, monter un spectacle, participer à une production théâtrale au sens propre du mot. On n’attaque pas le texte en son entièreté, ce ne serait pas faisable dans le peu de temps qu’on alloue à l’expérimentation (deux mois et demie jusqu’à l’entrée en scène), on se concentre donc sur le chapitre de la genèse, de la naissance du bouffon à l’ombre du Christ en croix, telle qu’imaginée par l’auteur. Un geste irrévérencieux qui entraîne d’autres, tels que l’abandon de la forme du conte, dictée par la dramaturgie initiale, en faveur de celle du drame sacré ou toute la troupe participe en égale mesure; chaque acteur joue plusieurs rôles, lorsqu’il leur devient impossible de se “dédoubler” pour assurer les besoins d’une scène-c’est bien le cas de la scène de la Mise en croix du Christ “véritable”—l’assistant metteur en scène prenant en charge la figuration. On abandonne également l’idée de l’espace vide interprétée au pied de la lettre puisque le grand plateau du DBClarke est un décor en soi et que toute sa machinerie de scène peut servir pour moduler l’espace; et on pille, finalement, le costumier et le dépôt d’accessoires du théâtre pour recréer l’aspect bigarré, improvisé, parfaitement ludique des figures que l’on conjure. C’est un hommage à l’acteur que l’on construit, cela coûte trois fois rien au producteur, on lit, on étudie la peinture religieuse, on applique toutes les techniques de jeu apprises dans les premières années d’étude, on explore toutes les possibilités en matière d’imagerie. L’enthousiasme est tel que l’on pense même à filmer l’essai pour l’envoyer au Maître en guise de cadeau de Noël!

Le 13 octobre 2016 Dario Fo s’éteint. Notre projet de recherche entrepris à l’université Concordia fut présenté au public le 23 novembre suivant devenant ainsi le dernier hommage adressé au Bouffon, le personnage auquel il s’identifia sa vie durant.

A Dieu, Maître!

 

One- Act Play Festival

Five programs of short plays. A wide spectrum of theatrical styles, from dystopic fantasy to absurdism to mask comedy to post-dramatic performance. Themes ranging from romantic love to politics to virginity to monsters.  Dozens of student and professional theatre artists. Countless vivid moments.

 

The Shows

Mistero Buffo, written by Dario Fo, directed by Cristina Iovita 

V-Cards, written by Jesse Stong and Step Taylor, directed by Dean Patrick Fleming

Underbelly, by the Erlangen exchange

Constellations, written by Nick Payne, directed by Harry Standjofski

Plays by Don Nigro, written by Don Nigro, directed by Liz Valdez

 

 

The Islands of Love
Collage of three one acts by Marivaux.
Adapted and directed by Cristina Iovita.
Concordia University, DB Clarke Theatre 2013.

Description
The Islands of Love @ Concordia University Theatre Department
December 2, 2013 by bloodyunderrated "

islands of love
Last week, the Concordia University Theatre Department produced an entertaining and epic spectacle: The Islands of Love, a trilogy of three short plays by Pierre de Marivaux.
It’s hard to believe it was the first time The Dispute, The Colony and The Island of Slaves had been staged as a single show, as the three tales, with their common theme of equality, worked so well together. Characters from each story made clever cameo appearances throughout the three acts, further bonding the plays into a cohesive whole.

https://bloodyunderrated.net/2013/12/02/the-islands-of-love-concordia-university-theatre-department/

 

romantique

Hypertext & Performance!
A Resonant Response to Joanna Baillie’s “Witchcraft”.
Concordia University, Hexagram and DB Clarke Theatre, 2009-2011.

Description
This three year FQRSC-funded research-creation project allows us to explore a “forgotten” Romantic play while channelling our own creative responses to the source material. Baillie is not our contemporary. Her sensibility is very much of another era; so are her theatrical conventions.
Yet “Witchcraft”, through its hyperbolic illustration of fear before the unknown, is a play in which we recognize typical human response."
Year I.“The Fingerplay of Katharine Nipsy” by Joanna Donehower
directed by Cristina Iovita.
Year II. “Gestural Codes of the Romantic Drama”. “Witchcraft” by Joanna Baillie.
Workshop devised and conducted by Cristina Iovita
Year III. “Witchcraft” by Joanna Baillie.
Adapted by Joanna Donehower.
Directed by Cristina Iovita and Louis Patrick Leroux.

https://resonance.hexagram.ca/witchcraft/

 

Retour haut de page